Les livres que c'est pas la peine
Ce soir, pour tout dire, je me suis un peu enflammé : juste en rentrant du boulot, comme ça à froid, j'ai tenté de réattaquer pour la 128° fois "l'ordre du monde" de Jean-François Mattéi ("truc de ouf" dirait mon cousin, mais bon, en même temps, on lui demande rien). Cette lecture est assez frustrante : tu sens bien que les mots sont français, que le mec se la raconte pas, qu'il aimerait bien communiquer avec toi, seulement c'est comme s'il parlait en phénicien (je maîtrise mal le phénicien). Tu sens même confusément qu'il écrit des choses intéressantes, sauf que tu ne sais pas de quoi il s'agit. Pourtant c'est un vrai être humain, fan de Kim Basinger, donc doté d'organes sensoriels et tout, mais là, non, vraiment, c'est du "Jean-François Mattéi parle à Jean-François Mattéi", peut-être à la rigueur aux frères Bogdanov (sur leur destin étrange, un intéressant développement ici).Il y a quelques auteurs comme ça, et je suis sûr que même si vous l'avouez pas pour vous c'est la même chose, dont on subodore l'intérêt mais qui restent impénétrables et l'oeil glisse désespérement de page en page en suppliant (quand je suis en forme, j'arrive à faire supplier mon oeil) d'accrocher un petit pan de phrase qui lui mettrait le pied à l'étrier, mais non, rien à faire, l'oeil ricoche et dégringole et on a encore rien compris.
Comme autre exemple, j'ai Wittgenstein. A mon avis, c'est pas la moitié d'un con, sauf que je peux pas le vérifier par moi-même, vu que j'ai du mal à accéder à une compréhension totale de ce qu'il exprime, ce Monsieur (faudrait peut-être passer aux psychotropes ?) et là encore, j'ai l'impression qu'il cherche à faire passer un message pas dénué de sens, mais non, a comprends pas. Au concours de l'essai le plus incompréhensible du monde, je le mettrais bien sur le podium avec Mattéi, et comme troisième larron sans doute Antonin Artaud,
(attends bouge pas téléphone)
(T'es encore là ? bon c'est sympa, reprenons si tu veux bien) : lorsque je vais chez ma copine Mina (et ce que je vais raconter là, elle ne le sait pas, je lui ai JAMAIS dit, sauf que là comme elle lit mon blog dès qu'elle a rien à faire elle risque fort de découvrir le terrible pot-aux-roses), lorsque je vais chez ma copine Mina, donc, disais-je, et plus précisément lorsque j'emprunte le chemin de ces toilettes, j'emprunte aussi, sur ce même chemin, au milieu de son arrogante bibliothèque, un livre intitulé "machinbidule des Tarahumas" (enfin bon pour tout dire je ne me souviens plus du titre mais bon si tu veux vraiment savoir tu googlises "Antonin Artaud" ça devrait aller, on a qu'à dire que ce blog est interactif, moi ça m'arrange) en faisant le pari qu'abordant cette oeuvre dans différents états d'esprit, donc avec une approche qu'on peut espérer nouvelle à chaque fois, la lumière jaillisse (un prof de philo m'avait confié un soir avoir réalisé de grands bonds intellectuels dans une pièce de ce type). Mais rien ne vient, et, piteux, je repose le livre là où je l'ai emprunté, sur le chemin du retour vers le salon*.
On pourrait aussi élire le roman le plus incompréhensible de l'univers. Si on écarte les traductions pas simples d'élucubrateurs agités et étrangers (type Joyce ou Carlos Fuentes, pour ceux comme moi qui maîtrisent insuffisamment l'anglais et l'espagnol), resteraient, dans mon podium à moi, et sous réserve d'un examen plus attentif :
- Au dessous du Volcan de Malcom Lowry (si quelqu'un a compris, qu'il m'écrive, je veux le rencontrer) ;
- L'homme-boîte d'Abé Kobo. Ou alors c'est moi.
- Le jardin des Plantes de Claude Simon (ne me dites pas qu'il est prix Nobel)
Sinon, parfois, j'arrive à comprendre un paragraphe entier de "Pour la science" et là je me sens très très intelligent. Vous devriez essayer vous aussi à la maison, vous m'en direz des nouvelles.
PS narcissique (oui ben quoi toi jamais peut-être ?) : c'est moi où l'équipe de France marque trois buts par match depuis que Zidane n'est plus là ?
PPS parce que j'ai envie : les nuages, ça a du bon, finalement.
* ça me fait penser qu'Artaud était marseillais, comme Cantona, et qu'il faut peut-être rechercher là l'origine de cette difficulté de décryptage, Cantona étant l'auteur, je le rappelle pour les plus jeunes d'entre nous et pour les filles, de cette phrase mémorable : "When the seagulls follow the trawler, it's because they think sardines will be thrown to them"
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