l'infidélité côté homme
(j'avais pensé mettre en titre "l'infidélité mode d'emploi" mais j'ai eu peur que mon côté raccoleur ressorte trop)
Voici un nouvel article à quatre mains, l'infidélité vu du côté d'une fille (Maylis), et l'infidélité du côté d'un garçon. Un texte plus personnel et impliqué, donc plus touchant, d'un côté, un texte plus théorique et froid, donc plus chiant, de l'autre.
Je pense que l'on construit son approche de l'infidélité dans un premier temps sur la base du modèle familial proposé. Pour ma part, le modèle était un peu écartelé entre l'infidélité envisagée comme un mode de vie (côté papa) ou comme un phénomène inconcevable (maman, restée fidèle même 30 ans après avoir divorcé). Ceci a porté mon attention sur la question assez tôt et a nourri ma réflexion sur le sujet.
Elevé par mère, j'ai été longtemps convaincu de ce qu'elle nous expliquait patiemment : les garçons ne pensent qu'à une chose et les filles ne sont que de pures anges nimbés d'ouate et dépourvus de toute intention charnelle. Ainsi, dans un couple, le mari va tromper sa femme, et sa femme va demander le divorce.
Aujourd'hui, je suis malheureusement tenu (désolé Maman) de revoir les niveaux des curseurs, à l'aune des témoignages de mes copines. Si j'ajoute les témoignages de leurs propres copines, nous voilà confrontés à un phénomène suffisamment fréquent pour ne plus être ignoré : rares sont les couples de plus de 7 ans parmi les 26-34 ans qui ont tenus le choc (je parle de mes copines parce que mes potes n'en parlent pas vraiment).
Voici donc le cas moyen constaté : 30 ans, plénitude sexuelle, mais aussi souvent un physique mieux assumé qu'à 20 ans, face à un mec qui ne les regarde plus, dont elles sont toujours amoureuses, ce qui ne les empêche pas de s'offrir un autre homme (et donc, Messieurs, un créneau à prendre : tout le monde y trouve son compte ! L'amant va prendre du plaisir tout en se rassurant puisqu'il semble réussir là où un autre échoue désormais, la femme s'offre une parenthèse complice qui lui fera de beaux souvenirs et se rassure, enfin le mari est souvent (témoignages authentiques !!!) l'heureux bénéficiaire d'un gros retour de libido de Madame, retour qu'il met bien sûr, comme tout bon mec, sur le compte de sa propre virilité : tout le monde est content). Tout ça au départ parce que le désir s'est estompé dans le couple.
Mais enfin mais pourquoi donc ???
Le Docteur Bobzeflash tente deux séries d'explications.
Contrepoint biologique. Peut-être avez-vous vu récemment sur Arte (trop bon comme ça je place discrétos que j'ai vu Arte une fois cette année) une émission consacrée au désir dans laquelle l'excellent Jean-Didier Vincent relatait une expérience menée sur des rats de laboratoire. Un rat a été mis en présence d'une rate, et l'a couverte. La rate a été représentée au rat à six reprise, et le rat l'a couverte a six reprises (et sans dopage, Messieurs, reprenez un peu de graines...). A la septième, il n'en voulait plus. Peut-être la rate n'était-elle plus désirable ? elle est donc allée se faire saillir ailleurs, ce qui montrait qu'il fallait chercher une autre solution. Peut-être surtout, on peut le comprendre, Monsieur rat était-il un peu fatigué ? que nenni, la présentation d'une nouvelle rate toute pimpante l'a revigoré et il s'est remis à l'ouvrage. La conclusion de cette expérience a été que l'usure du désir est mécanique (ce qui, d'un point de vue optimisation des gènes, trouve tout son sens).
Contrepoint sociologico-démographique. Si l'usure existe depuis toujours, le contexte social a longtemps freiné l'expression de sa conséquence : l'infidélité. A mon sens, le poids de la société et de la religion s'estompe globalement [avec, selon moi, deux combats d'arrière-garde : d'un côté ceux (et celles) qui reprochent aux filles d'avoir une sexualité libre, alors que le même comportement est valorisé chez l'homme [mais laissez-les se libérer bordel !!] ; de l'autre côté, celles (et ceux) qui entendent culpabiliser les comportements infidèles masculins, en prétendant changer leur nature, pour leur imposer des valeurs féminines comme l'absence de dissociation désir-amour, tiens, on dirait du Zemmour ]. Ce poids qui s'estompe globalement rencontre un phénomène démographique qui favorise l'émergence de l'infidélité : l'allongement de l'espérance de vie, qui signifie donc l'allongement de l'espérance de vie sexuelle.
Avec mettons 50 ans d'espérance de vie sexuelle, la libéralisation des moeurs prônée par la télé et les journaux, voire une certaine pression ("si tu n'obtiens pas 3 orgasmes dans la semaine par au moins deux personnes différentes, tu n'es pas normal"), la facilitation des rencontres grâce aux nouvelles technologies (tiens tiens), avec toutes ces conditions, l'usure du désir, qui se comprimait hier dans une vie de couple plus courte, contrainte par des normes sociales puissantes, provoque désormais l'augmentation assez logique de l'infidélité. Me semble-t-il. Ainsi, lorsque, après 10 ans de fusion avec la future femme de ma vie (mais qu'est-ce qu'elle fout cette conne ??!), je découvrirais qu'elle m'a trompé, je ferais comme si je n'avais rien remarqué...
Bien sûr, tout cela ne parle pas d'amour. Ce n'est pas le sujet : nous parlons d'infidélité. Rien à voir.