Une leçon de séduction
Il existe dans mon service une créature prénommée Ariane (attention, ici il s'agit d'un exemple d'Ariane, ce n'est pas ma collègue Ariane à moi). Elle présente une plastique fort bienvenue, avec la répartition des graisses exigée culturellement (pas trop en bas, pas mal en haut) et une allure générale non dépourvue de prestance et d'allant. En outre, ce qui ne gâche rien, elle se vêt de manière accorte, avenante mais pas outrancière. Bref, il s'agit d'une créature "sobre et de bon goût" comme qui dirait (ami lecteur, je vois bien que te voilà perdu. Tu ne sais pas à quoi correspond une créature "sobre et de bon goût", et tu as peur d'avoir l'air bête en demandant. Ne bouge pas, voici une illustration qui contribuera à ton édification).Comme elle est bonne et blonde, elle passe bien sûr pour une teubé, non seulement chez certains de mes collègues, mais, ce qui me surprendra toujours, également chez certaines. Or teubé, elle ne l'est guère, et même, dirais-je, elle est dotée d'un esprit primesautier fort rafraîchissant (par exemple, une image amusante issue du déjeuner de ce midi : elle me confesse se prendre volontiers la tête, plus que de raison, dès qu'il s'agit d'amour, et se visualise dans une formule 1 en plein circuit, avec son copain qui agite de grands drapeaux pour lui faire signe que c'est bon, elle peut rentrer au stand, c'est par là, et elle ne le voit pas et continue à faire des tours).
Or donc, nous allâmes déjeuner ce midi, elle et moi. A la suite de quoi, pris dans la conversation, je l'accompagne à la pharmacie qui fait l'angle au bout de la rue. Alors que nous cheminions, tout en devisant, ne voilà-t-il pas qu'un scooter freine et qu'un individu non casqué lui lance :
"t'es bonne toi !" (confirmant ainsi mes propos ci-dessus)
et repart aussitôt, sans attendre de réponse, sans même chercher à savoir si son intervention avait porté et s'il était désormais en mesure de pousser plus loin son avantage.
Je pensais alors, naïvement, que je retrouverais une Ariane offusquée : eh bien pas du tout. Elle me précisa que, certes, si l'individu était à portée de voix, elle l'injurierait copieusement, mais maintenant que le malotru était loin, il ne lui restait plus qu'à savourer "le plaisir d'être bonne aux yeux des passants".
Comme quoi, Messieurs, n'hésitez jamais à être lourds, il en restera toujours quelque chose.
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