Mon voisin Roger (3/3)
Il s'agit moins d'un article sur mon voisin Roger (dont je pourrais dire qu'il est sympathique, mais ne présente guère de véritable intérêt, sauf qu'il n'est pas sympathique) que sur la tolérance, notion avec laquelle nous avons tous, il me semble, de près ou de loin, maille à partir.
Mon voisin Roger me coinça un jour dans les escaliers pour m'entretenir dans un temps que je jugeai assez long (au-delà d'une demi-heure) des vertus de la tolérance. Des vertus de l'acceptation de l'Autre. Comme il n'avait une gueule ni de métèque ni de pâtre grec, j'en conclus qu'il était homo. Il me bassina donc en long et en large sur la nécessité de savoir vivre avec tous pour une société plus ouverte et donc plus riche, etc. Si j'étais malpoli, ou plus simplement si je n'étais pas lâche, j'aurais volontiers restreint le champ de la conversation non plus à la société mais à la vie de l'immeuble, suggérant qu'il renonce à l'ambition de faire bénéficier tout le monde de son goût pour l'opéra, ou de la manie amusante qu'il a de vouloir quotidiennement défoncer sa porte en la claquant comme un fou tous les matins à 8 h 20, ce qui me sert de réveil les jours où je n'entends pas le mien.
Bref.
Ma vie étant ce qu'elle est, je connus un aparté immobilier puisque durant quelques temps je quitta mon appartement et donc je le loua. C'est alors que l'extraordinaire intervînt : mon voisin Roger, évidemment au courant de ce qui se tramait (par le truchement de la petite vieille du 1er, à qui je m'étais ouvert de mon projet), me recoinça dans l'escalier pour me tenir un discours schizophrénique, où il était question "d'une certaine communauté de niveau social" (expression recueillie sur le vif et immédiatement plongée dans le formol), pour conclure "si vous pouviez éviter... vous comprenez, les Noirs et les Arabes, bon... c'est vrai que c'est moins facile pour eux mais en même temps, vous comprenez, le standing de l'immeuble...".
Cela me rappelle une blogueuse qui manie avec dextérité le premier degré, et écrivit un jour quelque part :
"Par exemple, j'ai sympathisé avec un blogueur que je croyais intelligent et fréquentable et qui semble l'être effectivement quand on regarde la catégorie socio-professionnelle à laquelle il appartient et tout cela pour m'apercevoir qu'il fait l'apologie du torchon de Zemmour dans son dernier article"
Ou comment réussir le tour de force de prôner l'absence de discrimination sexuelle en glissant dans son discours une discrimination socio-culturelle de bon aloi.
Mais bon, le pire n'est pas là. Le pire est là ! (disons que c'est peut-être une blague)
Moi, j'aimerais bien me trouver une catégorie de gens à conspuer pour exorciser mon aigreur. Un ami me disait récemment qu'il était raciste anti-cons : personnellement, je trouve cette attitude dommageable, puisque les cons me sont précieux. Grâce à eux, j'ai du travail, et surtout, je parais intelligent à mes propres yeux. Ben voilà mon créneau : je vais devenir raciste anti-intelligents, parce que ces gens-là me renvoient à ma connerie, et ça c'est pas sympa.
Bon en vrac, quelques indispensables informations du jeudi soir :
- d'abord un peu de culture, qu'on vienne pas me dire que mon blog perd en références culturelles (aurélia, ouvre bien tes petits yeux, c'est un peu pour ton édification que j'insère cette oeuvre remarquable).

Photo de l'oeuvre « La mitrailleuse en état de grâce » - Hans Bellmer © MOMA de New-York.
- ensuite, finissons-en, ma honte de samedi soir : c'est très simple. Vous prenez un restaurant chinois, doté de serveurs chinois. Si vous leur demandez de mettre de la musique, ils répondront "oui oui c'est possible" (si vous leur demandez d'apporter votre propre vin, ils répondront "oui oui c'est possible") : dès lors, les petits se mettent à danser au milieu, jusqu'à ce que pris par l'ambiance, un serveur s'empare de mon tamagoshi à moi et le soulève, ce qui bien évidemment ne lui plaît pas, au Tamagoshi, qui dès lors s'écrie "arrête, Chinois !", ce qui peut prêter à rire dans le contexte, mais quand même, là tu pries pour que le son soit assez fort et que le dit Chinois n'ait pas entendu.
- elle est bien rentrée !
- ce n'est pas parce que je ne suis pas une fille que je ne peux pas tenir de raisonnement sain : mettons que je sois membre d'un couple qui marche parfaitement ; dès lors que tu conviens que la solidité d'un couple s'éprouve à sa capacité à gérer les crises, tu conclues avec moi qu'il faut absolument une bonne dispute de derrière les fagots pour savoir si oui ou non le couple est solide ; or si tu ne parviens pas, malgré des efforts répétés et le temps qui passe, à parvenir à une vraie bonne dispute de sa mère la chaoui, c'est que ton couple, potentiellement, ne marche pas si bien que ça. CQFD. Bon, moi je vais me coucher, un tel effort intellectuel m'a achevé.
- allez pour la route : mais quel est donc l'artiste qui, au lieu d'aller se coucher lui aussi, a bien pu pondre ça : "je ne veux pas qu'un tableau ressemble à ce qu'il n'est pas. Je veux qu'il ressemble à ce qu'il est " ?
(attention, il va de soi que toute googlisation sera sévèrement réprimée : des tas de petits nains surgiront de vos placards cette nuit pour vous mettre Arte et cacher la télécommande)
Mon voisin Roger me coinça un jour dans les escaliers pour m'entretenir dans un temps que je jugeai assez long (au-delà d'une demi-heure) des vertus de la tolérance. Des vertus de l'acceptation de l'Autre. Comme il n'avait une gueule ni de métèque ni de pâtre grec, j'en conclus qu'il était homo. Il me bassina donc en long et en large sur la nécessité de savoir vivre avec tous pour une société plus ouverte et donc plus riche, etc. Si j'étais malpoli, ou plus simplement si je n'étais pas lâche, j'aurais volontiers restreint le champ de la conversation non plus à la société mais à la vie de l'immeuble, suggérant qu'il renonce à l'ambition de faire bénéficier tout le monde de son goût pour l'opéra, ou de la manie amusante qu'il a de vouloir quotidiennement défoncer sa porte en la claquant comme un fou tous les matins à 8 h 20, ce qui me sert de réveil les jours où je n'entends pas le mien.
Bref.
Ma vie étant ce qu'elle est, je connus un aparté immobilier puisque durant quelques temps je quitta mon appartement et donc je le loua. C'est alors que l'extraordinaire intervînt : mon voisin Roger, évidemment au courant de ce qui se tramait (par le truchement de la petite vieille du 1er, à qui je m'étais ouvert de mon projet), me recoinça dans l'escalier pour me tenir un discours schizophrénique, où il était question "d'une certaine communauté de niveau social" (expression recueillie sur le vif et immédiatement plongée dans le formol), pour conclure "si vous pouviez éviter... vous comprenez, les Noirs et les Arabes, bon... c'est vrai que c'est moins facile pour eux mais en même temps, vous comprenez, le standing de l'immeuble...".
Cela me rappelle une blogueuse qui manie avec dextérité le premier degré, et écrivit un jour quelque part :
"Par exemple, j'ai sympathisé avec un blogueur que je croyais intelligent et fréquentable et qui semble l'être effectivement quand on regarde la catégorie socio-professionnelle à laquelle il appartient et tout cela pour m'apercevoir qu'il fait l'apologie du torchon de Zemmour dans son dernier article"
Ou comment réussir le tour de force de prôner l'absence de discrimination sexuelle en glissant dans son discours une discrimination socio-culturelle de bon aloi.
Mais bon, le pire n'est pas là. Le pire est là ! (disons que c'est peut-être une blague)
Moi, j'aimerais bien me trouver une catégorie de gens à conspuer pour exorciser mon aigreur. Un ami me disait récemment qu'il était raciste anti-cons : personnellement, je trouve cette attitude dommageable, puisque les cons me sont précieux. Grâce à eux, j'ai du travail, et surtout, je parais intelligent à mes propres yeux. Ben voilà mon créneau : je vais devenir raciste anti-intelligents, parce que ces gens-là me renvoient à ma connerie, et ça c'est pas sympa.
Bon en vrac, quelques indispensables informations du jeudi soir :
- d'abord un peu de culture, qu'on vienne pas me dire que mon blog perd en références culturelles (aurélia, ouvre bien tes petits yeux, c'est un peu pour ton édification que j'insère cette oeuvre remarquable).

Photo de l'oeuvre « La mitrailleuse en état de grâce » - Hans Bellmer © MOMA de New-York.
- ensuite, finissons-en, ma honte de samedi soir : c'est très simple. Vous prenez un restaurant chinois, doté de serveurs chinois. Si vous leur demandez de mettre de la musique, ils répondront "oui oui c'est possible" (si vous leur demandez d'apporter votre propre vin, ils répondront "oui oui c'est possible") : dès lors, les petits se mettent à danser au milieu, jusqu'à ce que pris par l'ambiance, un serveur s'empare de mon tamagoshi à moi et le soulève, ce qui bien évidemment ne lui plaît pas, au Tamagoshi, qui dès lors s'écrie "arrête, Chinois !", ce qui peut prêter à rire dans le contexte, mais quand même, là tu pries pour que le son soit assez fort et que le dit Chinois n'ait pas entendu.
- elle est bien rentrée !
- ce n'est pas parce que je ne suis pas une fille que je ne peux pas tenir de raisonnement sain : mettons que je sois membre d'un couple qui marche parfaitement ; dès lors que tu conviens que la solidité d'un couple s'éprouve à sa capacité à gérer les crises, tu conclues avec moi qu'il faut absolument une bonne dispute de derrière les fagots pour savoir si oui ou non le couple est solide ; or si tu ne parviens pas, malgré des efforts répétés et le temps qui passe, à parvenir à une vraie bonne dispute de sa mère la chaoui, c'est que ton couple, potentiellement, ne marche pas si bien que ça. CQFD. Bon, moi je vais me coucher, un tel effort intellectuel m'a achevé.
- allez pour la route : mais quel est donc l'artiste qui, au lieu d'aller se coucher lui aussi, a bien pu pondre ça : "je ne veux pas qu'un tableau ressemble à ce qu'il n'est pas. Je veux qu'il ressemble à ce qu'il est " ?
(attention, il va de soi que toute googlisation sera sévèrement réprimée : des tas de petits nains surgiront de vos placards cette nuit pour vous mettre Arte et cacher la télécommande)
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