La cuenta por favor
Forcément, il y a un moment, lorsque tu es payé à pas faire grand-chose, où ton destin te rattrape et où il faut passer à la caisse. Je me doutais bien que je ne pourrais pas continuer ad vitam aeternam à venir au boulot en tongs, mais je ne pensais que tout s'accélèrerait comme ça.
Déjà, lundi, révolution informatique personnalisée : dépositaire du plus vieux modèle du service en matière d'ordinateur, modèle qui me convenait parfaitement, moins d'ailleurs pour des motifs de performance que de design, ne voilà-t-il pas qu'un informaticien débarque dans mon bureau pour m'expliquer le système de rotation des appareils, basé sur le principe du first in first out (principe que je maîtrise assez bien, je dois dire, pour l'appliquer à mes petites amies), et en profite pour m'installer un double écran : deux écrans physiquement distincts, mais logiciellement fondus, ce qui permet de faire glisser une fenêtre de l'un à l'autre sans rupture de données (même pas je savais que c'était possible). Intérêt professionnel : ben je cherche encore, par contre d'un point de vue ludique ça m'a bien occupé un quart d'heure à faire glisser des applications d'un écran à l'autre (c'est peut-être ça, mon truc, dans la vie : faire glisser des trucs).
Bon, le coup du double écran, encore, c'est pas trop grave : j'ai pas trop rien dit. Ca s'est compliqué ensuite à l'occasion d'une fête de l'esprit où tout le service était réuni, afin de s'adonner à une activité proche du Risk pour ceux qui connaissent : l'idée est de répartir les déplacements, sachant que contrairement à la quasi-totalité de mes collègues je n'aime pas me déplacer, en tout cas professionnellement : prendre l'avion m'a amusé la première fois quand j'avais dix ans, depuis l'intérêt s'est émoussé ; me frapper des conférences bavardes qu'un judicieux opuscule peut très bien résumer me fatigue ; mais plus que tout, j'ai du mal avec les déjeuners et les dîners engoncés à discuter de boulot sans avoir rien à dire de productif (c'est rare de choper un scoop sur qui a couché avec qui la semaine dernière) et à produire de "bons mots" bien dans la lignée humoristiquement validée par la hiérarchie. Bref, d'habitude je m'en tire plutôt bien mais là ma chef s'est mise dans la tête que moi aussi j'avais le droit d'en profiter :
"[ma chef] : Bobzeflash, pour vous j'avais pensé à La Haye ou à Rome, mais peut-être plutôt la Haye non ?
"[Bobzeflash en aparté à son voisin] : La Haye, c'est bien là où il y a des putes en vitrine ?
"[mon voisin en aparté à Bobzeflash] : ah non, ça c'est Amsterdam
"[Bobzeflash à l'assemblée] : pour tout dire, j'ai récemment plutôt investi sur les thèmes X et Y alors peut-être que Rome conviendrait davantage [...]
"[Ma chef] : Bon, Bobzeflash à Rome, et pour La Haye, quelqu'un ?"
Au moins, l'avantage de jamais partir, c'est qu'on peut choisir un minimum, et donc là j'irais au moins au sud. Par contre je sais que ça va être très très chiant, non que ce soit ennuyeux en soi, mais parce que ça va être improductif.
Dernier point : une nouvelle mission ! n'importe quoi ! on me confie une nouvelle mission (sans qu'il soit question d'augmentation ou quoi d'ailleurs, tu vois le genre), pas tout seul heureusement, nous sommes deux pour concevoir un système ab abstracto (c'est pas mal ab abstracto non ? j'ai hésité avec ex nihilo mais n'ayant quasi-jamais fait de latin, je ne suis pas sûr ni de leur signification ni même de leur existence véritable), et là, j'avoue, j'ai été bluffé par mon jeune collègue qui m'a soumis un procédé assez innovant (enfin innovant pour notre époque) : débarquant dans mon bureau, il m'a proposé d'aller se promener dans des jardins jouxtant notre institution, et nous voilà en plein après-midi, arpentant les allées au milieu des babillages et des jeux de ballons, réinventant donc la méthode des péripatétiques, éprouvant d'abord nos sens avant de solliciter l'intellect, selon la formule d'Aquinas : « rien n'est dans l'intellect qui ne soit d'abord passé dans les sens ». Le résultat : on verra ; en attendant, je note tout de même qu'en dépit de cette initiative audacieuse, les crânes d'oeufs issus des plus grandes écoles françaises, pour brillants et rapides qu'ils soient, partagent très souvent la même carence : pas d'esprit créatif. C'est là que nous, les branlots, intervenons.
Déjà, lundi, révolution informatique personnalisée : dépositaire du plus vieux modèle du service en matière d'ordinateur, modèle qui me convenait parfaitement, moins d'ailleurs pour des motifs de performance que de design, ne voilà-t-il pas qu'un informaticien débarque dans mon bureau pour m'expliquer le système de rotation des appareils, basé sur le principe du first in first out (principe que je maîtrise assez bien, je dois dire, pour l'appliquer à mes petites amies), et en profite pour m'installer un double écran : deux écrans physiquement distincts, mais logiciellement fondus, ce qui permet de faire glisser une fenêtre de l'un à l'autre sans rupture de données (même pas je savais que c'était possible). Intérêt professionnel : ben je cherche encore, par contre d'un point de vue ludique ça m'a bien occupé un quart d'heure à faire glisser des applications d'un écran à l'autre (c'est peut-être ça, mon truc, dans la vie : faire glisser des trucs).
Bon, le coup du double écran, encore, c'est pas trop grave : j'ai pas trop rien dit. Ca s'est compliqué ensuite à l'occasion d'une fête de l'esprit où tout le service était réuni, afin de s'adonner à une activité proche du Risk pour ceux qui connaissent : l'idée est de répartir les déplacements, sachant que contrairement à la quasi-totalité de mes collègues je n'aime pas me déplacer, en tout cas professionnellement : prendre l'avion m'a amusé la première fois quand j'avais dix ans, depuis l'intérêt s'est émoussé ; me frapper des conférences bavardes qu'un judicieux opuscule peut très bien résumer me fatigue ; mais plus que tout, j'ai du mal avec les déjeuners et les dîners engoncés à discuter de boulot sans avoir rien à dire de productif (c'est rare de choper un scoop sur qui a couché avec qui la semaine dernière) et à produire de "bons mots" bien dans la lignée humoristiquement validée par la hiérarchie. Bref, d'habitude je m'en tire plutôt bien mais là ma chef s'est mise dans la tête que moi aussi j'avais le droit d'en profiter :
"[ma chef] : Bobzeflash, pour vous j'avais pensé à La Haye ou à Rome, mais peut-être plutôt la Haye non ?
"[Bobzeflash en aparté à son voisin] : La Haye, c'est bien là où il y a des putes en vitrine ?
"[mon voisin en aparté à Bobzeflash] : ah non, ça c'est Amsterdam
"[Bobzeflash à l'assemblée] : pour tout dire, j'ai récemment plutôt investi sur les thèmes X et Y alors peut-être que Rome conviendrait davantage [...]
"[Ma chef] : Bon, Bobzeflash à Rome, et pour La Haye, quelqu'un ?"
Au moins, l'avantage de jamais partir, c'est qu'on peut choisir un minimum, et donc là j'irais au moins au sud. Par contre je sais que ça va être très très chiant, non que ce soit ennuyeux en soi, mais parce que ça va être improductif.
Dernier point : une nouvelle mission ! n'importe quoi ! on me confie une nouvelle mission (sans qu'il soit question d'augmentation ou quoi d'ailleurs, tu vois le genre), pas tout seul heureusement, nous sommes deux pour concevoir un système ab abstracto (c'est pas mal ab abstracto non ? j'ai hésité avec ex nihilo mais n'ayant quasi-jamais fait de latin, je ne suis pas sûr ni de leur signification ni même de leur existence véritable), et là, j'avoue, j'ai été bluffé par mon jeune collègue qui m'a soumis un procédé assez innovant (enfin innovant pour notre époque) : débarquant dans mon bureau, il m'a proposé d'aller se promener dans des jardins jouxtant notre institution, et nous voilà en plein après-midi, arpentant les allées au milieu des babillages et des jeux de ballons, réinventant donc la méthode des péripatétiques, éprouvant d'abord nos sens avant de solliciter l'intellect, selon la formule d'Aquinas : « rien n'est dans l'intellect qui ne soit d'abord passé dans les sens ». Le résultat : on verra ; en attendant, je note tout de même qu'en dépit de cette initiative audacieuse, les crânes d'oeufs issus des plus grandes écoles françaises, pour brillants et rapides qu'ils soient, partagent très souvent la même carence : pas d'esprit créatif. C'est là que nous, les branlots, intervenons.
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