Laëtitia, Michel et les autres

Publié le par Bobzeflash

200270-j-m-weston-644x380-1.-01-12.16.jpg« J'entre chez Weston, une blondasse au téléphone me dit : « j'peux vous aider ? » Non je vous ai pas sonné. Elle m'énerve, mon Dieu qu'elle m'énerve ».

 

Il s’agit là d’un extrait d’une œuvre récente[1], que je n’avais pas à l’esprit tout à l’heure en entrant chez Weston, d’autant que la vendeuse n’avait rien d’une blonde et qu’elle ne m’a pas énervé. En fait, elle était toute… enfin tu vois, toute fraîche et toute pimpante. On a quand même discuté une petite heure (de chaussures, de produits, un peu de pieds), du coup je lui ai décalé sa pause la pauvrette, et j’y suis même retourné parce qu’elle avait oublié de mettre le pot de crème dans le sac… (moi, je mets ça sur le compte de son trouble parce que ça m’arrange).

 

Elle m’a glissé sa carte (je suppose que ça se fait chez Weston) en me précisant de ne pas hésiter à l’appeler si j’avais une question sur les cirages, les crèmes ou autre.

 

Bien sûr, tout dépend de ce qu’on met dans « autre ». Consciente de l’ambiguïté, elle a rajouté « sur Weston » mais tout bas, car un tel rajout supposait d’avoir pris conscience de l’ambiguïté, c’est-à-dire qu’il mettait à jour la possibilité d’une ambiguïté, et partant elle ne souhaitait pas s’afficher comme porteuse d’ambiguïté.

 

Bon, je l’appelle ?

 

(le plus dur n’étant pas là, le plus dur étant de lui expliquer que j’ai déjà une femme et trois fils, mais que je voudrais lui faire une fille mais sans vivre avec elle. Je ne sais pas si c’est très porteur comme profil ça ?)

 

Ce qui nous ramène à ma soirée de samedi. Car samedi, j’étais Place de la Contrescarpe avec Michel. C’est pas tous les jours qu’on se voit, d’autant qu’il vit à Marseille, mais disons qu’on se voit 3 / 4 fois par an. Ce n’est donc pas un intime, mais on se tient au courant des grandes lignes (unions, enfants, enfin tu vois). Ainsi, je sais qu’il a deux fils, de 7 et 4 ans, je dis les âges parce que c’est important pour la suite.

 

Je lui demande s’il est avec quelqu’un, car il a pas mal papillonné depuis qu’il a quitté sa femme l’année dernière, et il me dit que oui. Je lui demande si c’est sérieux, et il me dit que oui, « d’ailleurs on a un fils ».

 

Ah. Je me demande l’espace d’une seconde si je ne vais pas lui en vouloir de ne m’avoir rien dit parce que quand même, même si nous ne sommes pas intimes, donc, un enfant, c’est pas complètement anodin, bon. Je lui demande donc quand est-ce qu’il est né et il me fait : il y a 4 ans.

Ah.

 

Voilà, voilà.

 

Dimanche, j’ai raconté cette histoire à des amis. Il y a eu une fracture sexuée très marquée dans les réactions, entre d’un côté les filles (« salaud » et autres « e … » - mais ce blog qui est tenu bourgeoisement et qui a toujours prôné les bonnes mœurs me prévient de continuer plus avant, même si c’est aux dépends de la précision) et de l’autre les mecs (s’il a trompé sa femme, c’est qu’il n’était pas heureux avec elle non ? et avec sa maîtresse, c’était un accident ou elle l’a piégé ?). Mais là n’est pas le plus étonnant. Le plus étonnant est qu’il a un demi-frère de son âge. Alors, oui, bien sûr, à la tentation sociobiologiste, opposons Nicolas de Malebranche : « Certainement il se trouve toujours quelque motif secret et confus dans nos moindres actions ; et c’est même ce qui portent quelques personnes à soupçonner et quelques fois à soutenir qu’ils ne sont pas libres ; parce qu’en s’examinant avec soin, ils découvrent les motifs cachés et confus qui les font vouloir. Il est vrai qu’ils ont été agis pour ainsi dire, qu’ils ont été mus ; mais ils ont aussi agi par l’acte de leur consentement, acte qu’ils avaient le pouvoir de ne pas donner dans le moment qu’ils l’ont donné [2]».

 

Mais là, quand même, tu m’avoueras.





[1] Ça m'énerve, Helmut Fritz, Sony Music Entertainment.

[2] De la recherche de la vérité où l'on traite de la nature de l'esprit de l'homme, & de l'usage qu'il en doit faire pour éviter l'erreur dans les sciences, Nicolas de Malebranche, Nabu Press.

Publié dans La vie des bêtes

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Nono 28/03/2011 22:23



J'avoue que je suis assez déçu. Je m'attendais à vous (euh... vous, c'est Ada et toi) voir réactiver l'émission Perdu de vue. Voire entamer une grève de la faim, devant l'Assemblée nationale.
Eventuellement, menacer de vous trucider en direct sur n'importe quel plateau de télé. Enfin bref, je m'attendais à ce que vous vous démeniez pour me retrouver, moi, votre meilleur... votre
meilleur quoi, d'abord? Votre meilleur moi!


Mais non.


Je vais mettre ça sur le compte de la timidité. Et m'en retourner dans mon silence boudeur. Du coup.


Signé d'un "N." vengeur qui veut dire Nono...



miette de savane 23/02/2011 21:13



Ah mais je t'avoue A MORT sur ce coup là.



Ada 23/02/2011 20:56



La police des dernières lignes ça va pas. Sinon c'était très intéressant.


Pour un meilleur suivi du dossier, tu as maintenant le devoir de nous rendre compte des modalités de reproduction de cet individu aujourd'hui âgé de 4 ans. Par avance merci.