Gare de l'Est Contrée Tour

Publié le par Bobzeflash

La tension était là. La sombre affaire de cet été encore dans les coeurs de chacun, qui tentait,  au tournant de la dernière levée,  de dominer l'émotion qui l'étreignait, tout en essayant de donner le change.

Une manche partout ; dans la belle, chaque équipe à portée de la victoire finale. La donne qui s'annonçait maintenant pouvait entraîner le triomphe des uns, la déchéance des autres. Nous étions dans le money time ; même le trash talking n'avait plus lieu, tant la concentration était à son paroxysme. Sophie jouait la décontraction lorraine, mais n'abusait personne. Fred reprenait une bière, mais on savait ce qu'il en était. Phastène suait. Dans ma tête, tout tourbillonnait.

Je me sert les dernières cartes. Deux fausses cartes et six atouts.  Un vertige me saisit.  Certes, une victoire nous ferait  passer devant, et même gagner la partie, mais un capot rajouterait l'humiliation à leur défaite, et on ne se vengera jamais assez de toutes ces parties perdues (et donc jamais narrées ici).
J'allume une cigarette (la cigarette me rend malade mais c'était histoire d'entretenir leur fébrilité).

Sophie annonce un 100 carreau. Le ton est donné. La drôlesse entend nous asséner un coup fatal en démarrant haut, mais les ambitions semblent démesurées et les appétits aiguisés. Phastène suit à 120 pique. Le drame s'annonce. Cette partie fera mal. Fred, confiant en sa force et dans les statistiques de ses victoires, déclenche un 130 coeur. Et 130, à ce qu'il paraît, c'est charnière. Tenter le 140 trèfle ? Je m'enflamme. J'annonce un capot. Stupéfaction chez les uns, consternation chez mon partenaire. Il s'écroule.

Je n'ose pas le regarder. Il n'y croit pas, c'est clair, la confiance qu'il plaçait en moi autrefois s'est égrenée au fil des gros contrats annoncés et jamais réalisés. Je compose mon visage, et tente de lui offrir une sérénité lénifiante, qui, je le sais, n'opère pas. Il tempête maintenant. Les deux crotales se réjouissent, confiants dans ma capacité à ne pas savoir faire taire une ambition dévorante et mal maîtrisée.

"J'aurais pu annoncer une générale mais je souhaite vous conserver comme amis. Bon, Sophie ?"

Je n'aurais pas dû parler : ma fébrilité transparaît. Ma fanfaronnade ne trompe personne. Le combat commence. Apre, rude, technique, sans merci. Un faux-pas, et c'est la trappe. Ils le savent, ils le guettent, il n'y a plus d'amis, ils ont oublié que c'est moi qui ai apporté la pizza, que nous sommes désormais deuxièmes du championnat derrière Lyon, tout cela est loin, nous sommes entièrement fondus dans les événements se déroulant autour de la table.

Un tour à carreau. Le dix ne sort pas. Je prends avec le roi. Peut-être qu'insidieusement, chemine dans leurs cerveaux mal habitués l'idée que j'aurais du répondant, cette fois, que la défaite, sinon l'humiliation pourrait changer de camp, tiens, que j'allais moi-même forger la loi du destin que j'abattrais sur leur tête. Le combat débutait par un savant affrontement de positions, il dégénéra rapidement avec l'artillerie lourde éclatant sauvagement, laminant leurs bases, fissurant leur belle confiance.

Le goût de la poudre était encore dans toutes les gorges, lorsque vînt les deux derniers tours. Les deux tours fatals, léthals, nécrosals. Phastène ouvrait du dix, l'as était piégé par mon 9, le piège se refermait. L'odeur de l'échec les saisissait soudain. Puis tout alla alors très vite. Le dernier tour ne fut qu'une formalité : j'abattais le valet qui ramassait les derniers espoirs trahis de mes anciens bourreaux.

Finis les quolibets, les jets de pierre, les "Bob, qu'as-tu cru bon de nous inventer cette fois ?", lorsque l'ironie des vainqueurs se conjugait avec la lassitude fortement exprimée de mon partenaire. Désormais le respect s'imposait avec cette victoire qui invitait chacun à se retirer du champ d'une bataille désormais achevée, avec pour seul acquis la sensation amère de la morsure de la poussière.
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phastene 13/05/2007 14:54

petit bonjour de la france sarkozienne??? phastene n'a aucune origine mystérieuse, c'est juste un anagrame...sinon il est vrai que ce soir là a vengé de nombreuses humiliations amplifiées par les fanfaronade du vainqueur. sinon malheureusement, sochaux jouera l'uefa...pourquoi pas toulouse en C1? heureusement cela nous sera évité.

Bobzeflash 14/05/2007 15:52

ben ouiouiah ben ouiben encore heureux

Nono 11/05/2007 11:52

Moi je sais, moi je sais : SOCHAUX
haaaaaaaaaaaaaaaahahahahahahahahahahahahahahahahaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
 

Bobzeflash 14/05/2007 15:46

n'importe quoi

Badibuh 10/05/2007 22:26

Tout ça pour pas donner le score ni le nom des buteurs...

Bobzeflash 11/05/2007 11:41

Je préfère ne pas fanfaronner maintenant qu'on est en passe de devenir champions de France (vu comment on marche en ce moment, je vois pas trop qui pourrait nous arrêter)

Ada 10/05/2007 14:47

"Je compose mon visage, et tente de lui offrir une sérénité lénifiante, qui, je le sais, n'opère pas"
Tension, accélération...Tout simplement stylé
(bon après la contrée, c'est pas mon activité de plein air préférée)
 

Bobzeflash 11/05/2007 11:40

Merci (... venant de toi, en plus)Figure-toi que nous ne pratiquons pas la contrée en plein air, mais plutôt dans des appartements enfumés aux vapeurs de houblons. Donc tu vois, c'est bon, tu pourras venir la prochaine fois.

blueco 10/05/2007 13:31

Chuis un peu embêté, Bobounet, parce que même si c'est pas la première fois que ça arrive, j'avoue que jamais je n'étais resté aussi hermétique au sens d'un de tes articles. De plus, j'ai été fort désappointé par le dénouement, dont j'attendais qu'il m'éclaire sur le sens de ta narration.
Chuis quand même vachement embêté, là. Quant à Phastène, ne tirons pas sur l'ambulance (en fait, je ne la connais pas et y'a pas de sens caché, j'avais juste envie d'écrire ça).

Bobzeflash 11/05/2007 11:38

Dans ces cas-là, tu fais comme moi : tu souris et acquiesce avec aplomb style j'ai tout compris, et tu verras ça marche.