Encore une nuit pour rien

Publié le par Bobzeflash

Vendredi, pour faire court : le plan A tombe à l'eau, le plan B explose en vol, un plan C à peine esquissé et déjà avorté. C'est là que mon téléphone sonne à 23 h, et là forcément ça ne peut être, globalement, que Michaël, qui me propose d'aller poculer pas plus tard qu'illico, alors nous voilà partis errer du côté d'Oberkampf. On commence par le Rosso parce qu'il doit y retrouver deux greluches, une brune et une sorte de simili-blonde. La blonde présente une particularité buccale étonnante dans le sens où ses lèvres semblent ne jamais se toucher, c'est-à-dire qu'elle offre au visiteur une ouverture permanente sur le dedans d'elle-même. Comme Michaël semble focaliser son attention de manière plutôt acharnée la brune, j'imagine qu'il me faut entretenir la blonde, sauf qu'il y a des gens comme ça, sans que ce soit leur faute n'y rien attention, tu sais d'entrée que tu n'as rien à dire, et ça se confirme :

"...et tu fais quoi sinon ? (eh oui, l'originalité dans les conversations chiantes, c'est mon dada)
- ben... comme je t'ai dit il y a deux minutes..."

["Il arrive que l'individu, aux dépens du foyer d'attention prescrit, se soucie plus qu'il ne devrait de lui-même, lui-même en tant que personne qui se tire plus ou moins bien d'affaire [...] Le repli sur soi provient, semble-t-il, [...] d'une attention accordée à soi-même en tant qu'interactant, à un moment où il faudrait être disponible du fait de l'obligation de maintenir sa participation à la conversation"]

Michaël a la bonne idée de ne pas intéresser la brune autant qu'il le souhaiterait, ce qui fait d'elle une alliée objective, avec laquelle je trinque à base de rhums, et même si nous semblons chacun soulagé d'avoir rompu une bilatéralité pesante, nous ne pouvons ignorer la contrainte agissant sur nous du fait du désarroi de nos ex-partenaires de conversation, pendant que je m'interroge sur ces étranges alliances que la nature peut nous proposer entre une fille visiblement dotée du deuxième degré, et son amie qui semble en être irrémédiablement dépourvue.

Un mouvement était nécessaire pour sortir d'une situation qui s'engluait ; nous migrâmes donc au Charbon. L'un des avantages de Michaël est sa popularité (ou peut-être est-ce parce qu'il traîne toujours dans les mêmes endroits), ce qui fait que, l'accompagnant, on croise toujours des connaissances à lui avec lesquelles on peut se lier le temps de quelques nouveaux rhums, réussissant par cette astuce à rompre les liens fragiles formés plus tôt, qui n'agissaient plus que comme le rappel d'une obligation mondaine heureusement dissoute.

Me voilà entrepris par un ressortissant anglais, sauf que je ne comprends rien.
3 hypothèses :
- je ne parle pas anglais ;
- le volume du fond sonore est trop élevé ;
- il est écossais.

[En fait, il est vénézuelien d'origine australienne (bon, disons que j'avais peu de chances de trouver), et répond au nom magique de George Walker]. Renonçant à saisir toutes les subtilités de ses développements, je m'attache à produire aux bons moments les compositions de visage appropriées. J'ai quand même cru saisir ce qu'il a dit à celle qui devait probablement être son amie et qui lui signifiait de loin qu'elle rentrait : "you gave me so much crap on a regular bases", ce qui signifie approximativement : "j'ai beaucoup apprécié ta compagnie ce soir".

Puis (parce qu'il y a des soirs comme ça, on peut pas rester tranquillos au fond d'un fauteuil ou avachi au comptoir à s'enfiler des coupelles, non, faut tout le temps que quelqu'un décide d'aller ailleurs et tout le monde le suit, et là par exemple, Maillekeul fut soudain traversé par la révélation qu'Oberkampf est aujourd'hui infréquentable, trop tendance - trop de tendance tue la tendance, ai-je appris ce soir-là). Nous voilà donc dans un bar du côté Ménilmontant (? - ce n'est pas, comme certains, que je cherche à cacher mes sources mais je n'ai plus aucune idée du nom, si jamais j'en ai eu l'idée à un moment) assez mixte, dirait-on, en âges, en styles, en ethnicités, en statuts socio-professionnels. Sans qu'on lui demande rien, le serveur nous indique que nous avons de la chance, puisqu'une table se libère et que nous pouvons donc nous y attabler pour manger (nous, c'est Michaël, plus les filles du premier bar, plus un mec du deuxième) puisqu'on nous offre le repas dès lors que l'on boit, ça tombe bien la pression est à 2 euros. J'y localise assez rapidement *** une fille qui arbore un style asiate, pas mal du tout pour tout dire, et là je me demande soudain si ce ne pourrait pas être une camarade blogueuse que je ne connais pas mais qui pourrait répondre à la description (en attendant de répondre à la question suivante : mais était-ce bien elle ?) sauf qu'elle n'a pas 83 ans. Ce serait rigolo d'aller lui poser la question, mais si ce n'est pas la bonne, j'aurais un peu l'air d'un gland, pour changer, et comme je n'aborde pas les filles qui ne m'ont pas été présentées, je plonge le nez dans mon couscous, tout en réalisant que mon article commence à être un peu long, il serait plus raisonnable d'en rester là, t'as vu comment j'ai trop le souci de toi lecteur, décidément t'es bien traité ici quand même.

***Imaginez que vous souhaitez acquérir une voiture. Vous vous renseignez sur le marché de la voiture, vous allez en voir en magasin, vous faites même des essais, puis un jour vous vous décidez à en acquérir une. Eh bien, ce n'est pas pour ça que du jour au lendemain, paf, vous n'en regardez plus. C'est pas pour en acheter une autre, vous en avez déjà une à la maison, c'est juste pour voir les nouveaux modèles, ce qui se fait en ce moment, la tendance quoi.

bibliographie : Erving Goffman, les rites d'interaction, les éditions de minuit.

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Aurélia 14/12/2006 16:26

Dis, Bob ?Je ne te méprise plus, là, alors est-ce que tu peux revenir ?Siteuplé ?

Bobzeflash 15/12/2006 10:43

Pour toi, donc.

Cassandre 13/12/2006 22:34

Quelle vie mouvementée!
Une voiture, c'est bien un moyen de "transport" non?

"Sachons pourtant près de celle que j'aime,Donner un frein aux transports du désir ;Sa folle ardeur abrège le plaisir,Et trop d'amour peut nuire à l'amour même"...

Bobzeflash 15/12/2006 10:43

J'allais le dire...merci pour la virgule culturelle (et spirituelle), qui relève chaque fois le niveau des articles...

Maylis 13/12/2006 11:37

euh oui au fait pr ta parabole de la bagnole je t'ai connu en des temps reculés plus subtils Bob lol

Bobzeflash 15/12/2006 10:24

Plus subtil ?T'es sûre que c'était moi ???

Maylis 13/12/2006 11:35

ça fait un bail que j'ai pas laissé de com' par ici.... mais comme le charbon oberkampf et ménilmontant je connais bien, c'est mon fief bis, la blogueuse asiate de 83 ans ça m'évoque aussi vaguement quelque chose ( alors tu l'as toujours pas rencontrée???) j'me suis lachée today... ciao ciao Bobby ;-)

Badibuh 11/12/2006 21:26

Et il est vrai aussi qu'on dit une voiture.

Bobzeflash 15/12/2006 10:23

ah je vois ! toi aussi, tu te relis et tu as des regrets....