Comme un bleu

Publié le par Bobzeflash

Ben oui, comme un bleu. Parce qu'hier matin j'étais profondément enfoui dans mes réflexions, j'ai commis le difficilement réparable : je suis sorti de chez moi comme quelqu'un de normal. Un luxe que je ne peux pas me permettre. En période de mobilisation standard de mon neurone, j'observe systématiquement un petit temps d'attente au moment où je m'apprête à sortir, et tel le Comanche moyen, je guette les bruits de l'immeuble à travers ma porte blindée.

Si pas de bruit : j'y vais, je me lance, j'ouvre ma porte et je descends les escaliers. Si bruit : j'attends. Pourquoi attendre ? Hé bien tout simplement pour éviter ce qui m'est arrivé hier, où je n'ai pas respecté les consignes susmentionnées et je me suis retrouvé nez à nez  avec ma voisine Frida. Il m'est déjà arrivé de l'évoquer ici même, ce qui est bien naturel puisque Frida fait intimement partie de ma vie.

J'ai bien tenté de jouer sur la vitesse acquise, affichant ostensiblement tous les signes d'un grand empressement, la gratifiant d'un rapide "bonjour", mais je n'y croyais pas moi-même. Avec le recul, je reconnais que face à une professionnelle de ce niveau, ma tentative d'escampage était même pitoyable. La voilà donc qui m'informe du temps qu'il a fait hier, me fait bénéficier de ses prévisions pour la journée, m'expose le programme qui l'attend (hésitation entre Franprix et Casino) et, à l'occasion, tente un petit lobbying pour la prochaine réunion du syndic afin de voter le blindage de la porte en bas (seul soutien déclaré pour le moment : l'autre vieille du rez-de-chaussée).

(Frida surprise au sortir de la douche)

 

En fait, il m'arrive de me faire coincer régulièrement (car elle pousse la perversion jusqu'à ouvrir sa porte au moment où je passe devant chez elle ; la soupçonnant d'avoir étudié mon horaire de départ le matin, j'en change désormais tous les jours, sur un scope* allant de 8 h 30 à 9 h 30) mais en semaine au moins j'ai l'excuse du boulot qui me permet de rester sous la barre du quart d'heure ; en revanche, un dimanche matin, je me retrouve plus démuni. Vous me direz, avec tout le bon sens qui caractérise habituellement vos interventions,  : "mais envoie-là chier, la vioque !". Certes. D'autant qu'elle ne se contente pas d'agrémenter mes matins des charmes de sa conversation, elle me fait également bénéficier de sa programmation télévisuelle le soir car lorsque, accablé de la fatigue du juste, je renonce aux charmes de ma propre télé pour me précipiter dans un sommeil plus ou moins mérité, j'ai encore la douce sensation de me faire bercer par le son de la sienne qui remonte le long des murs (me permettant parfois de suivre encore un peu le programme que je viens d'abandonner).

Or donc, pourquoi ne l'envoyais-je pas paître ? eh bien déjà, elle est vieille. Alors forcément le respect pour les vieux entre en compte, même si elle l'est pas tant que ça, vieille, la crevure. En plus, elle est seule. Et pas méchante. Je me dis donc : "allez, écoutons la dix minutes, ça fera ma BA de la journée et ça m'évitera de donner à un nécessiteux dans le métro". Seulement dix minutes dans ces circonstances, c'est long, car en plus il faut rajouter l'haleine (ce qui complique l'exercice, surtout le matin).

Les solutions :

 - l'abattre avec mon Verney Carron, manufacture d'armes de St-Etienne, du bon matos qui a surtout servi dans le temps à écumer les derniers dodos mais qui pourrait faire l'affaire (sauf que je ne sais pas comment ça marche). Certes, je pourrais avoir du mal à détourner les soupçons de ma personne, mais l'absence de mobile crédible peut me sauver ;

- placer des explosifs chez elle et la dénoncer au commissariat le plus proche. Cependant, les deux malheureuses fusées que j'ai conservées du 14 juillet pourraient se révéler insuffisantes à emporter la conviction du juge ;

- ne plus prêter aucune espèce d'attention à son existence : c'est-à-dire que lorsque je la croiserai et qu'elle me parlera, je continuerai ma descente sans un mot comme si elle n'était pas là... Voilà qui serait source de grande jubilation mais je suis bien trop lâche pour ça et surtout elle pourrait faire barrage avec son corps.

Bref, je n'ai pas de solution. Alors sauf si au vu de cette description vous ayez un coup de coeur et vous souhaitiez l'adopter (dans ce cas je suis près à la céder), je pense que je vais me la coltiner bénéficier de son expérience et de sa sagacité encore quelques temps.

*ce mot, c'est vrai, n'existe pas (contrairement à escampage, substantif formé à partir le verbe escamper qui existe dans la langue orale marseillaise). Mais bon, vu qu'on dirait un vrai, de mot, je tente le coup. On verra bien.

 PS :

bon anniversaire Camille !

 

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vlad/speederman 05/09/2006 12:31

je retiendrai de tout ça que j'ai un style inimitable. c peu et c pas très enrichissant, il y a avait sûrement d'autres choses à retenir mais bon,....

mina 04/09/2006 19:11

Pas besoin, j'ai reconnu le style ...
Moi, j'suis pas "saine et morale", je suis une vraie rebelle, qui dit des gros mots et qui se tape dracula quand jonathan n'est pas là!

vlad 04/09/2006 16:55

mina, je trouve ta remarque pleine de bon sens. elle véhicule totalement une conception du rapport à l'autre très saine et morale (qualités que l'on retrouve dans ton pseudo). Je trouve très intéressant le parallèle sur le futur: en gros soyez gentils avec les 'flamboyants' (nom que veut s'attribuer le 3e et 4e âge) car au cas où vous atteindriez cette étape, vous serez bien content que les 'djeuns' acceptent de sacrifier qques minutes à vous écouter.
pour ma part je suis contre cette conception de la morale, on ne fait pas les choses en espérant un retour, on les fait parce que l'on est heureux de le faire, sinon c de l'hypocrisie. mais bon je m'égare et on va encore dire que j'ai un mauvais fond, contrariant tout ça.
du coup je propose que bob demande à laurie de nous édifier en composant une chanson là dessus (ou alors diam's mais c plus risqué)

Bobzeflash 04/09/2006 18:08

Chère Mina, peut-être te demandes-tu qui est ce malotru agressif et contradicteur qui ne sait pas orthographier correctement le nom de Lorie. Et bien sache que grâce à une ingénieuse comparaison d'adresse IP, je suis en possession de son identité et je peux te le livrer quand tu veux...

Ada 04/09/2006 16:30

Bon là, je sens le truc venir, j'ai posté un commentaire tout à l'heure mais il n'apparaît pas. Donc, je réitère. Et comme par hasard, au final, les deux vont passer, on la connaît l'histoire. Alors ça disait : moi j'ai 83 ans, si elle me trouve pas trop vieille, je veux bien qu'on fasse copine.

Bobzeflash 04/09/2006 18:03

Non non, le com de tout à l'heure n'apparaît pas car je te censure tout simplement. Sauf que celui-là m'a échappé. Mais si tu souhaites venir occuper ma voisine, moi je suis tout à fait pour (tu seras gentille de venir d'abord me saluer histoire que je vérifie si tu as bien 83 ans...)

mina 04/09/2006 16:23

Quand vous serez vieux, seuls, malades,  désespérés au point de parler au (plus ou moins en tout cas plus que vous) jeune du dernier étage, je serai là, vieille aussi, mais ayant gardé la mémoire collective pour ressortir cet article et , par la même occasion, refuser vos avances de vieux pervers.

Bobzeflash 04/09/2006 18:01

je hais les vieux avec la même force que je haïrais les jeunes plus tard (d'ailleurs les jeunes sont tous des petits cons, ça fait des siècles qu'on le sait)