Italia Branlada

Publié le par Bobzeflash

Samedi je me suis dis comme ça et si je prenais ma copine Colombe sous le bras et que je l'emmenais voir Italia Nova ? D'autant que ça fait à peu près 3 mois qu'on en parle et que ça fermait deux jours plus tard ?

(ma copine Colombe est une ex. Car je conserve généralement de bons rapports avec mes ex : encore un point commun avec Poulpy. D'ailleurs je finis par me demander si Poulpy n'est pas ma soeur jumelle dont on a plus trop de nouvelles depuis qu'elle est tombée du train à 1 mois, en gare de Bruxelles-midi).

Et nous voilà partis.

J'ai bien aimé le rez-de-chaussée, j'étais un peu venu pour ça. J'aime beaucoup les futuristes. A visiter Rome en long et en large, on en peut rapidement plus de tous ces musées gorgés à ras bord d'oeuvres dans tous les sens, on comprend les futuristes qui voulaient tout jeter dans le Tibre et repartir à zéro. Colombe sceptique s'est décontratée au premier étage. Et puis arrive la troisième partie de l'expo, la Table Rase. Là, ça se complique, forcément, parce qu'on tombe dans l'art conceptuel.

L'art conceptuel est composé de deux éléments : un tableau, que le commun ne saurait regarder sans tomber dans le facile j'peux-l'faire-moi-mêmisme, et un ouvrage en deux tomes de 750 pages où l'on t'explique pourquoi ce tableau est génial même-si-ça-se-voit-pas-comme-ça-à-l'oeil-nu, et combien le créateur est méritant qu'on comprend pas pourquoi il est resté si méconnu, ah là là tout le malheur d'avoir raison trop tôt.

Intéressons-nous particulièrement à un peintre audacieux, Piero Manzoni. Il a réalisé notamment deux toiles superbes, appelées achrome 1 et achrome 2. Il s'agit d'un drap blanc plissé sur une toile. Pour donner une idée de l'évolution conceptuelle du peintre :


(oeuvre de l'artiste datant de 1958)


(oeuvre de l'artiste datant de 1959)

Observez les tâtonnements du premier tableau et combien l'inclinaison du plissé confère toute sa dynamique à la seconde oeuvre qui confine là à un foutagedegueulisme magistral et j'espère bien rémunéré.

(selon certaines sources, cette série de tableaux représenteraient un renard des neiges chassant le lapin sur la banquise, par temps de Mistral)

Colombe a cru bon de griffoner sur le livre d'or "mais de qui se moque-t-on ?" en imitant la signature de Michel-Ange. Alors que si ça se trouve, Manzoni a peiné sur son oeuvre pendant plusieurs heures, et que si ça se trouve encore plus, il n'était même pas bourré.

Le pire, c'est que ce n'est même pas la peine de le traiter d' "artiste de merde" : son propre père s'en est chargé, et résultat, le facétieux Piero a déféqué dans 90 boîtes qu'il exposera sous le noble titre "mierda d'artista".


Aujourd'hui, la valeur d'une boîte est d'environ 30 500 € ( 25 000 à 35 000 US$).

(c'est à méditer. Pour tout vous avouer, il m'arrive, à l'occasion, de faire caca gratuit. Je me demande si je ne vais pas acheter un ou deux tupperwares, comme ça, au cas où je décide de franchir le pas et de devenir artiste moi aussi).

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vinalia 06/07/2006 19:44

J'allais répondre par une psychologie générique à 2 balles de rejet d'un contexte "social" (au sens large) et/ou de valeurs, mais je vois que quelqu'un l'a fait mieux que ce que j'aurais pu faire :p

cassandre 05/07/2006 18:18

L‘art pauvre ou conceptuel est le digne héritier de Dada, il adopte un comportement qui consiste à défier l’industrie culturelle et plus largement la société de consommation, selon une stratégie pensée sur le modèle de la guérilla et fondée sur l’affirmation de la primauté de l’idée sur la réalisation. Dans ce sens, l’art pauvre est une attitude socialement engagée sur le mode révolutionnaire.
Ainsi, « Arte Povera » participe pleinement de l’utopie contestataire de la fin des années 60 et revendique à sa manière une tendance de l’art contemporain italien face à la suprématie du marché de l’art américain.
Il a aussi une dimension humoristique et provocatrice, qui a l’air de bien fonctionner!
Ceci dit, après, les goût et les couleurs… C’est comme les frôlements dans le RER, une question d’interprétation et de ressenti…
Vous me faites travailler alors que je suis en vacances!
 

 

Bobzeflash 06/07/2006 10:03

Merci pour la petite page Arte Cassandre ! je connais mal ce mouvement mais ce que tu en dis me donne envie de mieux le connaître...

La gReLuChe 05/07/2006 02:07

Ravie que Vinalia ait commenté avant moi : j'aurais pas dit mieux :)

Pour moi, l'art, c'est pas c'qu'on voit, c'est c'qu'on ressent en le voyant. J'aurais bien été foutue de ressentir quelque chose devant les "plissés", surtout avec les données historiques et personnelles de l'artiste.

Mais j'ai pas pu voir l'expo...

Bobzeflash 05/07/2006 10:01

et bien moi pareil : je me suis planté devant la toile, et j'ai observé ce qu'elle produisait en moi : rien ! Bien sûr je me montre plutôt sceptique vis-à-vis de Manzoni mais je veux bien croire qu'il a peut-être une vraie démarche et que c'est un artiste capable de toucher des gens. Personnellement j'aime des artistes comme Barnett Newman qui peuvent passer pour des imposteurs aux yeux d'autres personnes, alors je me dis que tout ça c'est affaire de goûts personnels, mais je reste vigilant...;)

vinalia 04/07/2006 20:54

Je suis tout à fait d'accord que de nombreux tableaux "conceptuels minimalistes" sont très pauvres et totalement inintéressants en apparence. D'ailleurs le tissu plissé, je n'aime pas (surtout parce que c'est horizontal et dénué de tout dynamisme).Mais si la personne qui l'a réalisé y a cru et y a mis des sentiments, il y a déjà une part d'art dans l'oeuvre. Mais, plus important, toute création appartient à un contexte historique. Je viens d'aller jeter un rapide coup d'oeil sur un article présentant Italia Nova, et il semblerait que la section Table Rase comporte des oeuvres datant des 1ères années 50, juste après la guerre...( Mais peut-être que, tout simplement, le mec était un obsessionnel compulsif :D )Bon évidemment il doit y avoir des opportunistes arnaqueurs comme partout. Mais comment faire la part des choses entre le mec qui a créé son oeuvre en y mettant de la passion et celui qui vise une finalité purement lucrative ?Enfin, quoi qu'il en soit, Bob, je plains ta potentielle compagne qui devra supporter des tupperwares de caca au frigo ou au surgélateur :p

Bobzeflash 05/07/2006 00:58

Reste à expliquer en quoi le fait de sortir de la guerre autorise à plisser un drap sur une toile :-)
Pour ma potentielle compagne, s'il n'y avait que les tupperwares à caca...

B. 04/07/2006 15:24

Yep. L'élitisme est vraiment  ce que je peux détestrer de plus dans l'art. Heureseument, c'est pas systématique